[Série] L’essence du désir. La dope à mines

Dessin de Carole Maurel (carolemaurel.blogspot.fr).

Cinquième épisode de la série « Mes cellules se dégrisent ». Le 1er se lit , le 4e se lit ici. Et la série entière sur ce blog. Le sujet parle visiblement. Merci encore à l’auteure de ce feuilleton en temps réel de nous laisser publier un nouvel épisode.

Mais au fait, que s’est-il passé dans mon cerveau lorsqu’assise au café (voir post hyène) en train de lire un roman, le serveur a surgi avec le fruit de la tentation sur son plateau anéantissant chez moi toute prétention de prêter attention à l’Enfant en train de jouer ?

Pourquoi cette apparition comme un projecteur dans la tronche a-t-elle plongé le reste de mon environnement dans l’obscurité (y compris l’Enfant)?

Permettez-moi de vous présenter dopamine, l’essence du désir.

Soit l’espèce humaine dont il faut garantir la survie à travers les siècles (malgré l’inanité de son passage sur la planète qu’elle a tendance à détruire méticuleusement, mais je m’emporte).

Comment motiver le gars poilu à sortir de sa caverne pour aller chasser du gibier afin de se nourrir lui et les siens et perpétuer l’espèce ? Réponse, la dope : la dopamine.

La dopamine est un neurotransmetteur (message chimique entre les neurones) qui agit sur la motricité, l’attention, la motivation et l’apprentissage.Elle nous permet entre autres de mémoriser le lien entre l’indice et la récompense (boulangerie = éclairs au chocolat, plaisir immédiat, bouchon qui fait pop = coupe de champagne, joie, fête, détente, etc). La dopamine est l’essence du désir, elle alimente ce qu’on appelle le circuit de la récompense.

Plus la récompense associée à une activité est importante, plus le cerveau s’en souviendra et cherchera à renouveler l’expérience et plus le chemin va s’ancrer et s’élargir pour devenir une autoroute, la seule qui mène à Rome (processus naturel du cerveau qui privilégie l’efficacité et le chemin le plus court entre l’action et l’objectif. Plus ce chemin est emprunté, plus on investit dans des travaux coûteux pour en faire une voie rapide ultra-moderne, sans augmenter les impôts, c’est magnifique).

C’est le principe de la plasticité neuronale.

Faisons maintenant entrer en scène un verre à la silhouette longiligne et au torse bombé de vin blanc.

L’alcool va court-circuiter le système de messagerie chimique interne du cerveau et intensifier l’action de la dopamine et donc le désir de boire jusqu’à, dans les derniers stades de l’addiction, faire de l’alcool l’unique récompense à atteindre.

Marc Lewis, un spécialiste des neurosciences du comportement et ancien addict (il a écrit Memoirsof an addicted brain où il raconte sa descente aux enfers dans sa vie et dans son cerveau) nous demande, dans son dernier livre, The biology of desire, why addiction is not a disease, d’imaginer un bateau.

Le cortex pré-frontal est la passerelle de ce bateau, le lieu de la logique, des jugements, des décisions.

« Je ne boirai pas ce verre parce que si je déroule le film jusqu’au bout, je sais que les conséquences seront désastreuses. »

Le striatum ventral ou noyau accumbens est le moteur du bateau, responsable des impulsions, de l’attraction et de l’anticipation de la récompense, c’est le moteur qui nous pousse à obtenir les récompenses.

« Un verre de vin! Génial ! Ca va me détendre ! »

Le cerveau moyen ou mésencéphale contient les cellules qui produisent le carburant du désir, la dopamine qui nous permet de faire cette association entre le verre et le plaisir.

Dans l’addiction, les chemins entre la passerelle du bateau et le moteur sont de moins en moins utilisés, se raréfient jusqu’à ne plus communiquer, la dopamine circule sans en informer le capitaine du navire dont le gouvernail gouverne queue dalle.

« Oh putain. J’ai trop besoin d’un verre là. Garçon ! »

C’est pourquoi les premières semaines de l’abstinence sont les plus éprouvantes, parce que c’est à ce moment là qu’on trace de nouveaux petits sentiers voués à devenir des autoroutes et qui redonneront un pouvoir de décision à la passerelle.

« When you take that drug away, the brain must again form new neural pathways. Just as when we had to forge a new trail in the woods, this is initially uncomfortable. Neuroplasticity explains why the initial period of recovery is difficult and uncomfortable. But we know from our hiking trail example, this difficulty is only temporary. »

Difficulté temporaire, il dit le monsieur. This, too, shall pass.

Pensées-papillon :
Discuté avec un ami sobre depuis quatre ans qui dans la liste des bouleversements dans sa vie m’a dit qu’il n’avait plus le vertige. Dans six mois, c’est promis, je monte au dernier étage du plus grand immeuble de la ville pour vérifier s’il a raison. Ce soir, c’est ma première réunion d’Alcooliques Anonymes. J’ai la pétoche. Mais la curiosité et le besoin d’être entourée sont plus forts.



Catégories :Addiction, Analyse, Neuroscience

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