Désir féminin : cinq « vérités » malmenées

helenedavidphoto.com

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Les études sur la sexualité féminine présentent un avantage : elles restent peu nombreuses (les deux tiers des chercheurs dans le domaine sont des hommes). Et un inconvénient : elles se révèlent particulièrement tirées par les cheveux. Comment voulez-vous isoler, observer, voire mesurer, le désir féminin ?

Daniel Bergner s’y est collé. Journaliste, notamment pour le New York Times Magazine, il a potassé les dernières études publiées, qu’il décortique dans son livre « What Do Women Want ? » [« Que veulent les femmes ? », éd. Harpers Collins, juin 2013, ndlr].

Sous la forme d’’’aventure dans la science du désir féminin », il raconte les chercheurs, leurs habitudes, leurs travers, et les relations parfois troubles – pour ne pas dire idéologiques – qu’ils entretiennent avec leur sujet.

Bergner, lui, a choisi son camp, celui de ceux qui se demandent si la femme est plus monogame que l’homme, si elle a besoin de sécurité affective pour mieux désirer, ou si son désir peut vraiment durer avec le même partenaire. Voici cinq des clichés qu’il démonte.

1. Homme propose, femme dispose

Desir

Dessin : Quentin Larrausie / cesan.fr

Puisqu’il n’est pas facile d’équiper les femmes d’appareils de mesure dans leur vie quotidienne pour évaluer leur désir, ni de les soumettre à diverses excitations en laboratoire, encore aujourd’hui, ce sont d’abord les rats et les singes qui sont observés. Autant dire que les recherches sur le désir féminin ne font que commencer. Pour des constats déjà décapants :

  • Selon ces nouvelles études, les femelles rats comme singes développent des techniques d’approche et de séduction explicites, qui contredisent les observations précédentes, établissant leur passivité (la cage était alors trop petite pour pouvoir observer vraiment ce qu’il se passait, explique Bergner). Le mâle, lui, ne fait pas grand chose. A tel point que la relation sexuelle « dépend presque exclusivement » des entreprenantes femelles.
  • Quand un premier partenaire a joui, les femelles étudiées vont en voir un autre, puis un autre, etc. Parce qu’elles n’ont pas atteint leur orgasme à elles, plus long à venir. Cette différence anatomique pourrait même être particulièrement adaptée à la perpétuation de l’espèce, puisqu’en multipliant les partenaires, les femelles multiplient les chances de tomber enceintes.
  • Il y a pire : les femelles ne sautent pas d’un mâle à un autre dans le but de se reproduire – ça n’est que la conséquence de tous ces débordements –, mais pour obtenir un plaisir immédiat.

Et tout le livre de Daniel Bergner vise à montrer comment, chez les êtres humains, la situation n’est guère différente.

2. Le désir féminin est plus policé

Pour savoir ce qui provoque l’excitation chez les femmes, Meredith Chivers a mené la même recherche dans plusieurs laboratoires aux Etats-Unis.

Elle soumet des images à un panel de femmes équipées d’un pléthysmographe qui enregistre l’afflux sanguin dans leur vagin, pour évaluer à quel point la projection leur fait de l’effet. Les vidéos montrent alternativement un homme et une femme faisant l’amour, deux femmes ou deux hommes dans la même situation, un Adonis marchant sur la plage le pénis au repos, un homme qui suce un pénis de bonne taille, deux singes bonobos, ou encore une femme se masturbant.

Premier constat : toutes les images déclenchent des accélérations du flux sanguin chez les femmes observées. Avec une intensité variable quand même :

  • les bonobos leur font moins envie que les humains ;
  • l’Adonis sur la plage ne suscite pas grand chose ;
  • le pénis en érection est, de loin, le plus gros succès de l’expérience.

« La libido féminine semble omnivore », constate Bergner. Soit. Mais l’étude se fait plus intéressante quand elle compare ces réactions à celles des hommes (seul l’appareil de mesure diffère). Ils ne sont pas du tout sensibles aux singes en pleine action par exemple (les femmes un peu quand même). Surtout, quand ils doivent déclarer quelles scènes les ont émoustillés, leurs déclarations concordent avec leurs réactions physiques enregistrées.

Les participantes, elles, font le grand écart. Les femmes hétérosexuelles affirment par exemple avoir été excitées par du sexe hétérosexuel plus que ce que l’appareil a mesuré. Tandis que les femmes lesbiennes racontent avoir été attirées par du sexe hétérosexuel bien moins que ce que les mesures révèlent. Enfin, aucune femme ne reconnaît avoir été émue par des bonobos débridés.

L’écart diminue quand l’anonymat des déclarations est mieux préservé. Bergner en conclut qu’il existe un « fossé objectif et subjectif » chez les femmes, entre leur réaction physique – leur « désir animal » – et ce qu’elles en assument.

3. La femme a besoin de stabilité

Dessin : Pauline Aubry / cesan.fr

Dessin : Pauline Aubry / cesan.fr

Meredith Chivers a ensuite réalisé la même expérience avec des enregistrements sonores, et non plus des vidéos. Une histoire érotique est racontée aux femmes, qui met en scène « un inconnu », « une connaissance proche », puis « un amant ».

Résultat : sans comparaison possible, l’inconnu excite davantage. Bergner fait mine de s’étonner de ces résultats qui mettent à mal l’idée selon laquelle « la sexualité féminine s’enracine dans les liens affectifs, dans l’intimité établie ».

D’ailleurs, de nombreuses études montrent les hommes plus audacieux en la matière. Bergner cite par exemple l’analyse de milliers de rendez-vous de speed dating. Le dispositif est classique : des hommes défilent de table en table, de femme en femme, et, bien souvent, quand il s’agit de proposer un deuxième rendez-vous, les femmes se font beaucoup plus sélectives que les hommes. Les hommes sont-ils donc programmés pour chasser et baiser, chasser et baiser, sans fin, et les femmes pour choisir le bon compagnon, comme le répètent les psychologues évolutionnistes (se demande Bergner) ?

Pour le savoir, deux psychologues ont décidé … d’inverser les rôles : ce ne sont plus les hommes qui défilent de table en table, mais les femmes, les hommes restant chacun à leur table. Et, là, au moment de décider d’un deuxième rencard, elles sont aussi nombreuses que les hommes à dire oui.

4. Le désir féminin diminue avec l’âge

Dessin : Joanna Fux / cesan.fr

Dessin : Joanna Fux / cesan.fr

Jusqu’à présent, les études sur les animaux et les enquêtes au long cours menées auprès de nombreuses femmes le démontraient : plus la relation monogame dure, plus le désir baisse. Là-dessus, les thérapeutes de couples interrogés par Bergner sont d’accord.

Ils sont même assez pessimistes : ils accompagnent des femmes qui veulent retrouver du désir pour leur partenaire et doivent reconnaître que les succès sont rares.

Peut-on penser que la femme vieillit plus vite à ce niveau, que la ménopause est en cause ? Même pas : l’apparition d’un nouveau partenaire sexuel regonfle le désir féminin à bloc, ménopause ou pas. C’est la monogamie longue durée qui est en cause. Et les femmes seraient plus promptes à se lasser.

Bergner reconnaît toutefois que les femmes, comme les hommes qui choisissent la monogamie, ne le font pas pour avoir des ébats plus passionnés. Ils le font parce qu’elle semble être la meilleure manière d’obtenir « la stabilité, la constance, l’assurance de ne pas vieillir seul » et « de lutter contre la terreur d’avoir du temps à soi ».

5. Les femmes rêvent de viol

Apparemment, dans les cabinets des thérapeutes américains s’exprime fréquemment un même fantasme, celui du viol. C’est en tout cas le terme employé par les patientes. Les thérapeutes interrogés avouent se trouver désemparés. Ne va-t-on pas faire croire, en relayant ce constat, que les femmes rêvent d’être violées ? Que signifie ce fantasme ?

Bergner avance plusieurs explications possibles :

  • la scène du viol est à considérer comme un symbole. Dans ce scénario, la femme renonce au contrôle, et elle n’a pas à justifier son désir (« éprouver du plaisir n’était pas ma faute si j’étais violée », explique une patiente) ;
  • l’excitation augmente après avoir échappé à un danger, comme le montre une étude citée dans le livre, et cette réaction peut avoir pour effet d’entrelacer, dans le cerveau, le circuit de la terreur et celui du désir. Résultat : le cerveau associe ensuite terreur et excitation ;
  • l’excitation physique – l’afflux de sang dans le vagin, sa lubrification – peut être ressentie en écoutant des scènes de viol, comme l’a expérimenté Meredith Chiver avec ses participantes. Mais cela peut être une réaction purement physique, qui permet, en cas de viol réel, de moins souffrir. Le désir ne serait ici pas impliqué. Encore moins le consentement. Ce n’est pas parce que le vagin se lubrifie que la femme a envie.

Cette dernière remarque jette un sacré trouble sur tout ce qui précède. Car le désir sexuel a souvent été confondu avec l’excitation physique, dans l’étude sur les vidéos projetées par exemple.

Une femme peut, physiquement, être excitée à la vue de deux bonobos copulant, sans vouloir coucher avec un bonobo. Peut-on du coup vraiment parler de désir dans ces cas-là ? C’est peut-être – encore – un peu plus compliqué.

Article d’Elsa Fayner, publié sur Rue89



Catégories :Analyse, Sexualité

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