Qu’est-ce que l’hypnose? Info et intox

L’hypnose se définit par la dissociation du corps et de l’esprit, l’esprit étant conscient mais distrait (dessin Carole Maurel / carolemaurel.blogspot.fr)

Redécouverte dans les années 90, l’hypnose se diffuse depuis dix ans en France dans les blocs opératoires, les cabinets des thérapeutes et les centres anti-douleur.

Pour avoir un ordre de grandeur : en 1997, 200 professionnels de santé étaient venus assister au 1er Forum sur l’hypnose organisé par la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves. En 2013, ils étaient trois à quatre fois plus nombreux. Entre temps, un Diplôme Universitaire, des formations, un code éthique sont venus encadrer la pratique.

Aujourd’hui, en complément d’actes anesthésiques, l’hypnose est utilisée dans toutes les grandes villes de France à l’hôpital. Elle est également utilisée par les psychothérapeutes pour les addictions (tabac, alcool…), les troubles alimentaires et du sommeil, les toc, les dépressions, les phobies. Mais aussi pour le stress au travail, les troubles sexuels, ou la préparation des sportifs. Mais qu’est-ce que c’est vraiment? Et qu’est-ce que ça n’est pas?

 

1 – L’hypnose, c’est du sommeil

Intox. Hypnos a beau être le dieu grec du sommeil, l’hypnose est au contraire un état de veille particulier, dans lequel il nous arrive de nous placer nous-mêmes, tous les jours,
sans nous en rendre compte. Quand nous rentrons chez nous sans avoir réfléchi à la route à prendre par exemple.

L’hypnose se définit par la dissociation du corps et de l’esprit, l’esprit étant conscient mais distrait. C’est un état modifié de conscience, qui est naturel.

Un soignant formé peut amplifier cet état modifié de conscience, qui s’avère favorable
• à la diminution de la douleur (migraines, soins, grands brûlés, anesthésies, etc.)
• et à l’apprentissage de solutions (anxiété, dépression, addictions, troubles, etc.).

2 – L’hypnose est toujours pratiquée par un hypnotiseur

Intox. L’hypnotiseur, c’est celui qui recourt à l’hypnose dans un but de divertissement.

L’hypnopraticien poursuit, lui, un but médical (soulager, aider à aller mieux). Ces praticiens doivent être des soignants (médecins, psychothérapeutes, infirmiers, etc.), avoir été formés, et exercer l’hypnose dans leur champ de compétences : le thérapeute pour des thérapies, le dentiste pour des anesthésies locales, etc.

3 – L’hypnose fonctionne par suggestions

Info. En thérapie, lors du premier rendez-vous, le patient formule ses difficultés, ce qu’il attend des séances : soulager une migraine, sortir d’une dépression, arrêter de fumer…

Le thérapeute lui demande ensuite de raconter des souvenirs agréables, des situations qu’il a su maîtriser ou au contraire –en fonction de sa problématique- dans lesquelles il a su lâcher prise.

Les séances d’hypnose peuvent commencer. Le thérapeute entame un récit qui reprend le langage, les images du patient. Il s’appuie sur tout ce qui va bien chez celui-ci, pour renforcer ses capacités et l’aider à créer de nouvelles associations. Un sentiment de confiance, un souvenir de réussite peuvent ainsi petit à petit être associés à une situation qui suscitait l’angoisse chez le patient, ce qui lui permettra de ne plus la craindre.

Le processus est le même pour un soin pénible ou une anesthésie: le soignant accompagne le patient dans un voyage mental. Mais il s’agit là d’une séance unique, alors qu’une hypnothérapie s’étend sur plusieurs séances (au moins trois ou quatre).

4 – En thérapie, le patient sous hypnose revit des traumatismes

Info/intox. Ce n’est pas le but visé. L’hypnose permet au patient d’aller chercher en lui-même, mais pour y trouver des capacités personnelles. Le praticien l’aide à utiliser ses
ressources pour aller mieux. Cependant, si, au cours d’une séance, le patient évoque un traumatisme, il travaille sur l’émotion suscitée par le traumatisme avec le thérapeute.

5 – L’hypnothérapeute peut faire faire ce qu’il veut au patient

Intox. L’hypnose est un outil qui vise le changement. Utiliser l’hypnose, c’est donc manipuler. C’est le cas également de toute discussion, échange verbal et non-verbal, message publicitaire, jeu de séduction, etc.: ils permettent de faire changer la personne qui se trouve en face. Autrement dit, nous sommes des manipulateurs et nous sommes manipulés en permanence. L’hypnose n’y fait pas exception. C’est même un outil de changement particulièrement puissant.

Tout dépend donc du but visé par celui qui la pratique. La manipulation peut être négative, quand elle est utilisée par des sectes, des esprits ou des régimes totalitaires, qui cherchent à satisfaire leur besoin de pouvoir sur l’autre. Mais elle peut être positive quand elle est pratiquée par un thérapeute formé à l’hypnose thérapeutique. Un thérapeute compétent ne doit pas projeter sa propre compréhension, mais viser l’autonomie de son patient pour que celui-ci trouve ses propres solutions. Le choix du praticien nécessite donc la plus grande vigilance. Privilégiez le milieu médical et assurez-vous que le praticien utilise bien l’hypnose dans le cadre de sa spécialité.

6 – L’hypnothérapie guérit

Info/Intox. L’hypnothérapie aide plutôt à changer. Les patients sont généralement orientés vers un hypnothérapeute par un médecin. Si ce n’est pas le cas, le thérapeute
peut demander des examens médicaux, pour vérifier que le trouble n’est pas organique, et s’assurer que le patient est suivi en parallèle par un spécialiste.

Car l’hypnose est une approche complémentaire. Pour les cas d’anorexie mentale par exemple, particulièrement lourds, l’hypnothérapeute est en contact avec le psychiatre, le nutritionniste et tous les médecins qui suivent le patient.

7 Le patient peut se réveiller au milieu d’une opération sous hypnose

Intox. L’hypnosédation combine les techniques d’hypnose, une légère sédation intraveineuse et l’anesthésie locale. Le patient entend les bruits, il bouge et répond par des gestes aux interrogations de l’anesthésiste. Mais son esprit est ailleurs, focalisé sur autre chose. Il ne ressent ni stress, ni douleur. Avant l’opération, il a convenu avec l’anesthésiste d’un signe à effectuer en cas d’inconfort. Les intervenants disposent également d’informations via le monitoring, et peuvent augmenter les doses d’anesthésiants.

Enfin, il est toujours possible de recourir à l’anesthésie générale. « Sur dix années de pratique, cela n’est arrivé que dix-huit fois », raconte le Pr Faymonville (Liège), qui a mis au point cette technique utilisée pour des opérations de chirurgie plastique, de la thyroïde, ORL, gynécologique, etc.

8 – On récupère mieux d’une anesthésie sous hypnose

Info. L’hypnosédation présente également d’autres avantages :

• le saignement est moindre pendant et après l’opération,

• le patient a besoin de moins de médicaments, l’hypnose les potentialise,

• la douleur post-opératoire, les nausées et les vomissements sont moindres,

• l’inflammation diminue,

• la reprise des activités habituelles est plus rapide.Le CHU de Liège a réalisé plus de 7 000 opérations sous hypnose.

Une étude rétrospective a porté sur près de 200 thyroïdectomies et 21 explorations cervicales pour des hyperparathyroïdies. Tous les patients rapportent une « expérience plaisante ». Par rapport à une population opérée sous anesthésie générale, leur douleur postopératoire a été moins grande, leur convalescence significativement meilleure, et leur retour à la vie sociale plus rapide. 450 anesthésistes, dont de nombreux Français, ont suivi une formation à Liège.

Un essai clinique a été réalisé en 2007 par la Mount Sinaï School of Medicine, à New York, auprès de 200 femmes opérées pour un cancer du sein. Avant l’intervention, les patientes ont passé 15 min avec un psychologue pour une séance d’hypnose, ou pour du soutien empathique (groupe témoin). Les patientes du groupe d’hypnose ont eu besoin de doses moins fortes d’analgésique et de sédatif durant l’intervention. Elles ont également assuré ressentir moins de douleur, d’inconfort, de nausées, de troubles émotifs après l’opération.

9 – Le patient se souvient de tout après la séance

Info/Intox. Il arrive que certains patients oublient tout ce qu’ils ont vécu durant la séance, que ce soit en thérapie ou dans le cadre d’une intervention chirurgicale. D’autres en gardent un souvenir clair.

10 – Tout le monde ne peut pas être mis sous hypnose

Intox. À condition de le désirer, d’être motivé, d’avoir confiance en la personne qui la propose et de collaborer. De même, chacun peut pratiquer l’auto-hypnose. Toutes les opérations, en revanche, ne peuvent être réalisées sous hypnosédation.

11 – Il n’existe aucun garde-fou

Intox. La discipline n’est pas réglementée actuellement. Elle n’est pas enseignée comme spécialité en faculté de médecine. En revanche, des formations sont dispensées aux soignants qui souhaitent pratiquer l’hypnose dans le cadre de leur spécialité.

Un diplôme universitaire (DU) existe pour les médecins, chirurgiens-dentistes et étudiants de ces disciplines en fin d’études. Les Instituts membres de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves (CFHTB) dispensent également des formations, davantage tournées vers la pratique. Les soignants qui y sont formés s’engagent à respecter le Code éthique de la Confédération.

12 C’est comme la méditation finalement

Info/Intox. L’hypnose est un état naturel, qui a toujours existé. Les chamanes entrent dans une transe hypnotique, quand les adeptes du yoga, entre autres, méditent. Une pratique remise au goût du jour depuis les années 60, époque qui a également vu naître la sophrologie. Ce sont des pratiques cousines de l’hypnose, fondées sur les mêmes mécanismes . Cependant, l’hypnose est utilisée dans un but thérapeutique précis, alors que la méditation vise la relaxation, un bien-être général.

13 L’hypnose agit comme un placebo

Intox. Les techniques d’imagerie modernes, telles que la résonance magnétique fonctionnelle (IRMf ) et la tomographie par émission de positron (TEP), ont permis d’objectiver les effets observés sur les patients opérés sous hypno-anesthésie. Lors d’un stimulus douloureux, l’activité cérébrale diffère significativement selon que l’on se trouve sous hypnose ou à l’état de veille normale. Le cortex cingulaire antérieur (CCA), à qui l’on attribue, entre autres, des fonctions cognitives comme la prise de décision, l’empathie et l’émotion, semble jouer un rôle prépondérant en cours d’hypnose.

Cette activité cérébrale particulière permettrait un meilleur encodage de l’information nociceptive (relative à la douleur) et, in fine, d’y répondre de manière plus adaptée.

Selon certains chercheurs, l’hypnose empêcherait l’information d’atteindre les régions corticales supérieures, responsables de la perception de la douleur. D’autres avancent qu’elle permettrait plutôt de mieux y répondre, en activant plus efficacement les voies inhibitrices descendantes de la douleur. Les neurotransmetteurs qui interviendraient dans ces actions restent toutefois encore méconnus.

14 – L’hypnose permet de réaliser des économies

Info. L’hypnose permet de réduire la durée d’examens médicaux. Ainsi, les cystographies rétrogrades réalisées chez les enfants, douloureuses et traumatisantes, sont vécues
avec moins d’anxiété, se déroulent mieux, et sont plus courtes de 14 minutes sous hypnose, selon la Stanford University School of Medicine. De leur côté, les chercheurs du service d’oncologie de la Mount Sinaï School of Medicine ont observé que l’hypnose pratiquée avant des opérations pour un cancer du sein réduit non seulement les doses d’analgésiques et de sédatifs durant l’opération, mais également la douleur, les nausées, et la fatigue post-opératoires. Tenant compte des coûts réels des médicaments employés et du personnel requis, ils ont calculé une économie de 600 € par patiente.

De manière générale, l’hypnose permet de diminuer les doses de médicaments, les complications, l’anxiété, donc le temps et le travail du personnel, ce qui allège les coûts.

L’hypnose est utilisée pour :

  • la préparation sportive
  • l’arrêt du tabac
  • l’excès de poids, la boulimie
  • les troubles du sommeil
  • les troubles psychologiques : stress, phobies, impuissance…
  • les troubles digestifs
  • les maladies psychosomatiques : eczéma, asthme, etc.
  • les douleurs chroniques (migraines), et aiguës
  • l’anesthésie
  • les troubles psychiatriques graves (dépressions aiguës, schizophrénie) à condition que l’hypnose soit utilisée par des psychiatres
  • les cancers, le Sida: pour soulager la douleur, et entretenir l’esprit combatif du patient.

Pour aller plus loin



Catégories :Dépression, Douleur, Médecine, Neuroscience, Psychologie

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